Tirage réduit, exemplaires numérotés et signés.
Ce volume bibliophile de poésies en français, illustré par Marc PESSIN réputé artiste peintre-graveur, a été édité en avril 2016 chez « Le verbe et l’empreinte » Saint-Laurent-du-Pont.
Ces poésies, qui marquent l’évolution de l’auteur sur la terre d’asile, séquences de sa vie et de ses pensées (comme par exemple la poésie présentée ci-dessous)  ont été  publiées grâce à l’incitation du son éditeur.

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NUAGE D’ARGENT

Je me retrouve dans la forêt d’antan
maintenant enveloppée de brumes.
Les mauvaises herbes l’ont envahie.
Un mur d’épines acerbes autour…
Dans la glaise sèche,
des  myriades de crevasses ricanent.
Mes larmes arrosent d’autres forêts.

Je t’abreuverai à nouveau, terre rêvée,
avec des larmes lourdes et amères,
lorsque mes pas m’amèneront,
au soleil couchant,
dans tes broussailles flétries.
Non, tu n’es pas perdue, ni oubliée !

Je chercherai un bref répit
à l’ombre de ton chêne touffu.
Hélas !
Je ne trouverai que ses branches mortes,
tournées vers l’au-delà.

Des tréfonds de mon âme
retentira un cri 
Maman !
Maman chérie, es-tu ici ? 

Toi, Nuage d’argent,
tu béniras de ta rosée
mes impuissantes larmes terrestres.

Saint-Laurent-du-Pont (Isère)
Juin 2001


Extrait de la présentation faite à par Simona MODREANU (Docteur en Lettres  de l'Université Paris 7, écrivain, traducteur, professeur de langue et de littérature française à l'Université "Alexandru Ioan Cuza"de Iaşi-Roumanie) :
... Les poèmes de Cornelia Petrescu reflètent des tensions contradictoires, tantôt vers une relation intime, profonde, avec la langue et le pays d’adoption, tantôt vers cette voix qui refuse de se taire, qui l’appelle du tréfonds de ses racines et qui n’est pas sans rappeler l’aveu d’un  autre  créateur  roumain  déraciné, Panaït Istrati : « Je suis venu dans les lettres françaises avec une âme roumaine, mais je dus lui prêter un masque français. Quand je tentai de rendre à cette âme son visage roumain, je ne le pouvais plus ; elle s'était éloignée avec un visage étranger »…
Devenir conscient de soi incite à se voir avec les yeux de l’Autre. C’est ce que font Cornelia Petrescu, frêle mais fort saule pleureur, et Marc Pessin, qui nous parle autrement d’une vision identitaire.
Cette rencontre, elle-même improbable, a mis en communication directe et empathique, dans un petit bourg blotti dans les Alpes, une Roumaine adoptée par la France et un Français connaisseur d’art et de poésie roumaine.
En résulte un joyau inouï, limpide et tressé de mille fils invisibles qui font oublier le travail qui se cache derrière, le chagrin inguérissable qui nourrit la parole, les non-dits, les doutes et les questions sans réponse, pour éclater au grand jour comme un nuage délicat qui se dissout dans la lumière.

Extrait de la  présentation Exil et renaissance écrite par J.P. GAVARD-PERRET (poéte, critique et maître de conférences à l’Université de Savoie) dans lelitteraire du 14 mai 2016.
…Comme le prouve son Sagit­taire, l’écriture devient l’expression d’un monde inté­rieur mais aussi une forme d’illimitation et non pas de dépay­se­ment d’un monde ori­gi­naire. Le lan­gage forain repré­sente un pas au-delà par rap­port à ce que l’œuvre serait res­tée dans sa langue mater­nelle. Ce trans­fert est donc impor­tant. Il per­met la rup­ture d’un cer­clage pour une for­mi­dable brèche.
L’expression fidèle du moi y trouve une renais­sance et elle ins­ti­tue un dia­logue avec les autres qui reste pour l’écrivaine une ouver­ture plus grande à lui-même. L’exil dou­lou­reux a donc pour corol­laire une trans­fu­sion capi­tale d’une langue à l’autre. Elle déblaie un ter­rain pour l’expression d’un au-delà de soi, Elle per­met de scru­ter les silences qui, sans ce trans­fert, demeu­re­raient dans le silence.
La créa­trice a donc trouvé un lan­gage qui sai­sit ce que, jusque-là, elle avait éprouvé sans oser l’inscrire. Le fran­çais n’est pas pour elle le résidu de la langue mater­nelle. Elle y découvre une puis­sance de feu et l’ouverture de l’imaginaire. Ou, si l’on pré­fère, à la fois un tra­jet et séjour.

Traduction d’un extrait de la chronique d’Elena-Brânduşa STEICIUC/Bucovina Literarǎ octobre-novembre 2016
... Les flèches de Cornelia Petrescu, une  native de Bucovine établie depuis de nombreuses années au pied des Alpes, vont toucher certainement beaucoup de lecteurs à la recherche  de la beauté des mots et de l’image. Son exemple de ténacité, son tiraillement entre deux langues et deux cultures ne peut pas nous laisser indifférents. Le Sagittaire, ce livre artisanal en tirage limité, précieux objet d’art, devrait générer également en Roumanie un intérêt pour cette alternative du livre de poésie.